Connaître la ligue Dossiers "Zoom sur asso..." : Festival EPOS

"Zoom sur Asso"

 

Une journée à EPOS :

 

Cette année encore la ville de Vendôme a consacré en juillet une semaine au festival EPOS organisé par le Conservatoire contemporain de Littérature Orale (CLiO). Au programme, spectacles, lectures et rencontres.

Quelques membres de la Ligue de l'enseignement du 41 ont eu le plaisir d'y passer la journée du 3 juillet et d'assister à quatre événements d'un genre totalement différent.

 

La variabilité d'un conte

 

La matinée a débuté vers 10h dans le Grenier de l'Abbaye de Vendôme avec une section « merveilleux contes » et comme thème principal la variabilité du conte dans le temps et l'espace et plus précisément celle du « Chat botté ». A l'abri de la pluie et dans une salle bien remplie c'est Nicole Belmont qui a eu la charge d'introduire la journée. Anthropologue européaniste, elle se consacre depuis quelques années à l’étude des contes de tradition orale.

 

« Le conte est œuvres multiples ». Il n'y a jamais une unique version, le conte voyage, il peut être parfois sobre ou rempli de détails. Le cœur reste identique, le but et le schéma de l'histoire perdurent mais le contexte, les personnages sont variables selon le lieu et le conteur. Grimm essaie toujours de mélanger différentes vérités pour en créer une nouvelle. Il reste ensuite à l'auditoire d'utiliser son imaginaire pour faire vivre les contes.

 

 

La version de Grimm

 

La première version fut la plus connue, celle de Charles Perrault, apparue dès le 17ème siècle. Une lecture des plus agréable par Isabelle Genlis, ramenant le public en enfance pour quelques minutes.

En quelques mots, histoire de raviver les mémoires un jeune meunier reçoit en héritage un chat qui parle. L'animal très rusé est déterminé à faire la fortune de son maître. Après de multiples stratagèmes mis en place par le chat : cadeaux et fausse noyade, il ordonne aux gens croisés sur son chemin de vanter les mérites et les terres de son maître, qu'il nomme le « Marquis de Carabas ». Le conte se termine après une rencontre entre le chat et l'ogre, propriétaire d'un château et capable de se transformer en un grand nombre d'animaux. Usant de sa ruse, le chat provoque l'ogre, se transformant en souris il finit par se faire dévorer. Le roi impressionné par les biens supposés être ceux du Marquis lui propose sa fille en mariage.

La ruse et la beauté des apparences permettent au jeune meunier et à son chat de devenir grands seigneurs.

 

La version swahilie

 

Cette version du chat botté venue tout droit d'Afrique de l'Est garde la même morale mais l'histoire est totalement différente. Elle nous a été contée par Paule Latorre, musicothérapeute de formation et membre de l'atelier Fahrenheit 451 depuis 2005.

Il est apparu un peu plus tard, au 19ème siècle et se propage depuis de voix en voix. L'histoire se passe sur l'île de Zanzibar « Terre des Hommes noirs » et prend le nom cette fois de « Sultan d'Arai ».

Sans qualité de conteuse je peux tout de même m'efforcer de vous le résumer ! Faisant les poubelles, un homme trouve un jour une pièce d'argent et décide d'acheter une antilope: symbolisant le chat dans la version de Grimm. Pour le remercier de lui rendre sa liberté, elle se met en tête de lui trouver fortune et épouse. Comme dans la version originale elle mettra en place, des stratagèmes pour le faire passer pour ce qu'il n'est pas. Un sultan riche et puissant. Grâce à l'aide d'une vieille femme, l'antilope prendra possession d'un château appartenant cette fois à un serpent à sept têtes.

Cette version par contre a une fin différente, le maître n'a ici aucune reconnaissance pour tout le travail de l'antilope. Elle finira par mourir seule et le Sultan se réveillera un jour dans l'état où il était avant de connaître l'antilope, comme si tout ceci n'avait été qu'un joli rêve.

 

La version contemporaine

 

Pour l'occasion, le directeur artistique du CliO et conteur professionnel, Bruno de la Salle, avait décidé de reprendre le célèbre conte et de l'adapter à notre époque. Une 'histoire en vers avec les premières lignes chantées.

Le célèbre chat ici se nomme Babas, son maitre Carabi, et l'histoire se déroule dans la cité de Baraka.

Il fait référence avec humour et finesse au monde financier et au capitalisme qui régit notre société.

Toutes les version sont basées sur les mêmes éléments fondamentaux : le pauvre homme voit sa vie liée à celle d'un animal rusé, une personne à impressionner et une figure terrifiante que l'animal va affronter par la ruse ou la force.

 

Intervention et conclusion de Élisabeth Lemirre

 

La matinée s'est achevée avec l'intervention d'Elisabeth Lemirre avec comme thème « la propriété, c'est le vol ». Elle a montré au public comment les contes pouvaient  parfois avoir pour but de formater les esprits, d'inculquer des valeurs et des morales. En se penchant sur les personnages de Perrault on s'aperçoit qu'ils sont assez représentatifs des différentes classes sociales existantes : le Maitre peut être vu comme une personne du monde rural qui peu à peu intègre une bourgeoisie montante, il fait parti des nouveaux riches cherchant à acquérir plus de pouvoir et de fortune au détriment de la petite noblesse représenté ici par l'Ogre.

Perrault faisait partie lui même de la bourgeoisie et utilise ses contes pour faire une critique de la société. Il s'attaque à la noblesse possédant un grand patrimoine sans avoir à faire d'effort et considère donc qu'il n'y a pas de scrupule à avoir lorsque l'on leur en dérobe un peu.

La question du paraître est très importante dans ces contes, le simple fait de changer de nom et de s'habiller d'une manière différente change la vision des gens. Les apparences sont parfois trompeuses mais ici elles sont plutôt prises pour argent comptant et permettent aux personnages principaux d'acquérir ce qu'ils souhaitent : fortune, titre et reconnaissance.

Le Chat botté reste très populaire de nos jours, malgré une morale qui peut sembler ambiguë.

Qui dit Perrault, dit morale. On vous laisse donc méditer sur celles du chat botté. 

 

 

« Quelque grand que soit l'avantage   

De jouir d'un riche héritage 
Venant à nous de père en fils, 
Aux jeunes gens pour l'ordinaire,
L'industrie et le savoir-faire
Valent mieux que des biens acquis. »

~

« Si le fils d'un Meunier avec tant de vitesse,
Gagne le cœur d'une Princesse,
Et s'en fait regarder avec des yeux mourants,
C'est que l'habit, la mine et la jeunesse,
Pour inspirer de la tendresse,
N'en sont pas des moyens toujours indifférents »

 

 

 

 

 

 

 

 

Connaître la ligue

La ligue de l'enseignement 41 © 2012-2013 - David ARCENT -