Connaître la ligue Dossiers "Zoom sur Asso..." : CLiO

"Zoom sur Asso..."

 

Le CLio

Le CLiO, une création de Bruno de la Salle

La ligue de l’enseignement du 41 est partie à la rencontre d’une de ses associations affiliées : le CLiO, le Conservatoire contemporain de littérature orale à Vendôme. Impossible de parler du CLiO sans mentionner Bruno de la Salle, son directeur. Il nous raconte sa venue dans le conte et l’oralité, les origines de la structure et ce qu’elle représente aujourd’hui.

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Bruno de la Salle : vers l’âge de 13 ans, j’ai commencé à écrire une pièce de théâtre et un roman. Les éditeurs à qui j’avais envoyé mes écrits m’avaient répondu par des encouragements et m’avaient invité à poursuivre mon travail. Malgré tout, j’avais décidé d’arrêter d’écrire, peut-être un peu impatienté… Mais je ne m’étais pas arrêté de chercher pour autant, à la façon des surréalistes. C’est par ce chemin que je suis arrivé aux rêves…

Le matin en me réveillant, je partais à la pêche et j’enregistrais sans faire trop de bruit des rêves de nature parfois totalement fascinante. En les décrivant, je faisais des plans, des dessins. Je les ai partagés en France dans des cabarets comme à la Contrescarpe. En fermant les yeux, je racontais l’image de ce rêve, sans chercher à conserver les mêmes mots à chaque fois. Je l’ai fait jusqu’en 68. Mais ces lieux étaient beaucoup trop élitistes à mon goût.

 

Je voulais quelque chose de plus populaire et d’accessible. Je me suis tourné vers ce que j’ai toujours aimé : les contes de fées. J’ai cherché un instrument de musique pour pouvoir les raconter. Et comme je ne connaissais rien à la musique, j’ai pris un instrument contemporain pour que personne ne puisse me dire que j’en jouais mal [rires]… J’avais la liberté de faire ce que je voulais !  Je précise quand même que je me suis fait aider par un musicien russe.

 

Quant au conte, je le voulais transférable au monde dans lequel nous vivions. « Le Petit Chaperon rouge » était pour moi le symbole de la guerre du Vietnam. Le Chaperon représentait la liberté, le loup était les américains qui détruisaient tout et combattaient la tradition populaire personnifiée par la grand-mère. Les contes utilisent des archétypes symboliques qui décrivent des faits réels. Cela nous aide à comprendre la vie, à nous poser des questions, d’une manière accessible et non pas philosophique.

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Bruno de la Salle, un conteur qui a tiré son enseignement des textes

Bruno de la Salle : Traditionnellement, un conteur avait le don de raconter et de transmettre. Alors quand j’ai décidé de conter des histoires, je suis allé au Musée des Arts et des Traditions populaires, car je n’avais eu ni enseignement, ni maître à suivre. J’aurais pu partir à l’étranger et me trouver un guide, mais j’ai préféré apprendre à partir des textes. "Les mille et une nuits", "La chanson de Roland" et les contes de fées ont été mon école.

Et puis peu à peu, le terme de conteur s’est imposé, alors que j’aurais préféré celui de « troubadour ». Le souci est que le mot a une connotation réactionnaire. En Turquie par exemple, ceux qu’on appelait les troubadours défendaient leur communauté et stigmatisaient la tyrannie et l’oppression.

Dans mes premières années, j’ai beaucoup raconté dans la rue. A cette époque, je n’avais que deux histoires. Ce n’était vraiment pas facile : il fallait un récit ni trop long, ni trop court. En général, je parvenais à rassembler des gens pour les perdre à la fin, pendant le passage du chapeau… [Rires]

Dans les années 80, je souhaitais vraiment mettre en avant le côté littéraire du conte et de son oralité car beaucoup voyait une sorte d’opportunisme dans le fait de raconter, une façon simple de gagner un peu d’argent en attendant autre chose. Il fallait donc montrer le réel côté littéraire du conte.   

J’avais essayé à trois reprises de faire « L’Odyssée » d’Homère. La troisième fois, j’ai été mis en relation avec le directeur de France Culture.  J’avais fait un travail d’adaptation pendant un an avec l’aide d’une autre personne. On s’est appuyé sur la traduction de Victor Bérard qui est parvenu à trouver des formules mélodiques et musicales. On sait que l’Odyssée était chantée dans une version métrique, ce qui nous a permis de construire le récit en strophes. La compilation demandait 8h de récit et c’est en 1981 qu’on a pu la monter. Elle a plu, a été enregistrée et écoutée pendant toute une nuit en continu. On a fait la démonstration que l’ensemble était audible. En 1982, on a fait « Les mille et une nuits » à Paris puis Avignon et deux ans plus tard, c’était au tour du cycle du « Roi Arthur ».

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Les débuts du "Renouveau du conte"…

Dans les années 70, un mouvement artistique scénique est amorcé en France et aux Etats-Unis, il est appelé le "Renouveau du conte". De quoi s'agit-il ? Tout simplement revisiter l'art de raconter des histoires à un audioire. Dans l'Hexagone, plusieurs chemins ont été empruntées, dont celui de Bruno de la Salle : 

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"Quand j’ai commencé, j’étais seul. Pendant 4 à 5 ans, je n’ai pas rencontré de confrère et j’étais considéré, pour ainsi, comme le dernier des Mohicans. D’ailleurs, personne ne se désignait comme tel, le terme de « conteur » avait un sens tellement légendaire. En 69, je suis allé à Avignon et j’ai été bien accueilli et notamment par Paul Puaux. J’ai tout de suite eu ce qu’on appelle un succès d’estime. Mais, il existait plusieurs façons de réagir et de mettre en exergue le conte et son oralité. Le mouvement folk y a contribué dans une faible mesure. Le conte n’était pas au centre des préoccupations de ce mouvement, le côté narratif a été épuré et il ne restait que quelques vagues histoires. La musique et le chant avaient pris le pas sur le récit.

Le théâtre à Bretelles par contre s’intéressait à l'aspect de l'oralité. A la façon du théâtre d’image japonais, le Kamishibai, Anne Quesemand racontait des histoires dans la rue, accompagnée d'un accordéoniste et aidée par des castelets sur lesquels défilaient des images. J’avais fait aussi la rencontre d’un Algérien. Il avait quitté son pays pour venir d’abord en Allemagne puis en France. Il connaissait bien "Les Mille et une nuits", des histoires racontées pendant son enfance par sa sœur et sa mère. Son passage en Allemagne l’a conduit à connaitre les contes de Grimm. Il était vraiment sensible au sujet.

Il était communiste tout comme le Maire de Saint Brieuc de l’époque. Je le précise car le communisme des années 70 avait encore une idée de culture populaire très présente.  Le Maire de Saint Brieuc avait de parents illettrés. Repéré peut-être par un curé, il a étudié pour devenir professeur de grec ancien. J’étais venu dans son lycée raconter l’histoire du genévrier… Ce conte lui avait été raconté par sa mère illettrée.  Il avait un profond respect pour le conte et il comprenait l’intérêt de lui redonner  vie. Il m’a beaucoup aidé pour l'adaptation de "L'Odyssée".

Tout ça pour en venir à une rencontre que j’ai organisé en 77, une façon de se réunir pour discuter de l’intérêt du conte et de l’oralité. Il y avait deux bibliothécaires : fait plutôt paradoxal puisque il s’agit plus du monde de l’écrit que de l’oral. Mais il faut préciser que le conte oral s’est beaucoup répandu grâce au vecteur des bibliothèques.

Quant au monde théâtral, il a joué un rôle mais certaines limites sont apparues. Il y avait une incompréhension. Un comédien a besoin de savoir quel personnage il représente alors que pour conter une histoire, on doit être tout à la fois, les objets et tous les personnages. Ils ont tellement travaillé la représentation de personnage qu’ils ont du mal à raconter une histoire."

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Il s'agissait donc d'une première génération de conteurs venus de divers horizons, réunis par la suite en 1979, à l'occasion d'une rencontre organisée par Beaubourg et France Culture. Beaucoup de personnes âgées étaient également présentes. Les années 80 ont montré une accélération d'après le directeur du CLiO, pour faire naître une seconde génération : 

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En 1980, j'ai réitéré la rencontre en Bretagne. Les choses se sont un peu accélérées. Il y a eu des émissions sur les contes. On m’a demandé d’organiser une exposition à Beaubourg pour les enfants et de faire raconter des gens du 3ème âge. Ces personnes ne racontent pas de façon formelle une histoire. On a du travailler pendant 2 ans avec l’association l’Age d’Or qui s’occupait des retraités qui avaient envie de faire quelque chose de leur temps libre. On les a encouragés à lire à Beaubourg et a fait une exposition des conteurs à la télévision.

 

Mais le CLiO, c'est quoi ? 

Le CLiO, le Conservatoire contemporain de littérature Orale a été créé en 1981 à Chartres. Cette époque connait un fort taux d'accroissement de conteurs en devenir. Il devient donc indispensable de créer un lieu de rencontres et d'échanges de savoir-faire. Ainsi il met en place différentes actions permettant de répondre à ces nouvelles attentes, à commencer par les formations. 

 

L'atelier Fahrenheit 451

Fondé en 1991 par Bruno de la Salle, il a pour but d'offrir pour les conteurs un espace professionnel, dans lequel ils peuvent bénéficier de conseils et remarques pour l'apprentissage de ce métier. La formation a lieu tous les mois pendant deux jours.

Depuis 2012,  l'atelier Fahrenheit s'est scindé en deux, "Epopée et grands récits", encadré par le directeur du Centre et épaulé par Magda Lena Gorska et  "Contes et enfances" animé par deux anciennes de l'atelier ; Martine Tollet et Paule Latorre. Chaque participant choisit un livre à travailler entre 2 à 3 ans pour les épopées et un an minimum pour les contes. 

"Les groupes sont composés de 8 à 9 personnes. Ils se retrouvent pendant 2 jours complets. Il s'agit en quelque sorte d'une une école du conte, puisque la formation a une vocation entièrement professionnelle. Les conteurs acquièrent des connaissances par rapports aux textes qu’ils ont choisi, dixit Julie Joyez, chargée de communication au CLiO. Ils font des exercices qui leurs permettent de travailler sur autre chose, ils ont vraiment un récit pour cette année comme "Pinocchio", "Les métamorphoses" d’Ovide. Les participants font eux-mêmes le choix du texte."

 

Et pourquoi Fahrenheit 451 ?

Il s'agit du titre d'un roman de science fiction écrit par Ray Badbury. Fahrenheit 451 est le degré auquel le papier se met à brûler. En fait, nous sommes dans une société futuriste où les livres sont interdits et où les pompiers doivent les brûler. Je trouve que c'est un beau nom pour retranscrire l'idée de l'atelier : il y a l'idée d'un rassemblement de personnes autour du livre pour perpétuer son histoire. Les conteurs tendent à devenir des hommes livres, et posséder leur récit... 

Les ateliers sont créés pour que les conteurs s'interrogent sans cesse sur le texte, non pas pour augmenter la qualité mais pour améliorer le degré de compréhension du texte et ce qu'il évoque chez eux.

 

Les autres formations 

Il existe égalemement d'autres types de formations professionnelles. Elles sont variées et dispensées tout au long de l'année au sein du CLiO et animées par des professionnels comme Anne Quesemand, spécialiste dans l'écriture du cinéma et des scénarios, également directrice artistique du Théâtre de la Vieille Grille à Paris ou encore Emmanuelle Parrenin, harpiste qui cherche à réveiller votre voix. 

 

Centre de documentations

Le CLiO s'est aussi une bibliothèque de 4 000 ouvrages composée de contes de toutes les époques, d'essais théoriques autour du conte, d'oeuvres littéraires, d'albums jeunesses et de revues spécialisées. 

N'oublions pas les fonds sonores et les fonds iconographiques...

 

 

Le grand rendez-vous du CLiO

Le Festival EPOS qui se déroulera du 1er au 7 juillet prochain... Mais, on vous en parlera très prochainement, affaire à suivre !

 

 

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